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 Azincourt, chronique d'un désastre

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Christophe

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Date d'inscription : 19/08/2011
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MessageSujet: Azincourt, chronique d'un désastre   Ven 19 Aoû - 12:36

La bataille d’Azincourt : chronique d’un désastre





Le 25 octobre 1415, contre toute attente, l’armée anglaise écrasait l’ost français, pourtant supérieur en nombre, à Azincourt, petit village d’Artois situé à 10 km d’Hesdin dans l’actuel département du Pas-de-Calais. Depuis six siècles, romanciers et historiens ajoutèrent, à une histoire déjà bien compliquée, des faits et des anecdotes nés de leur propre imagination si bien que parfois la fiction l’emportait sur la réalité. Il n’y a qu’à lire Shakespeare pour s’en rendre compte ! Encore connue sous le nom de « bataille de Hesdin », « bataille de Blangy » ou même « Male journée de Picardie » la bataille d’Azincourt a fait couler beaucoup d’encre. Pendant longtemps, le déroulement exact de cette bataille est demeuré flou, suite à une mauvaise interprétation des sources ou à un manque d’esprit critique vis-à-vis de ces dernières. Pourtant les sources ne manquent pas. La bataille d’Azincourt est probablement une des batailles de la « Guerre de Cent ans » (1337-1453) les mieux documentées puisque 29 chroniques sont parvenues jusqu’à nous. Tentons maintenant d’y voir plus clair sur ce passage noir de la Guerre de Cent ans.


Henry V et l’invasion de la France

C’est en 1413 qu’ Henry V accède au trône d’Angleterre. Il a alors 26 ans. Fils d’Henry IV, qui avait renversé son cousin Richard III d’Angleterre en 1399, ce second représentant de la dynastie des Lancastre, champion du nationalisme anglais assoit son pouvoir sur la partie belliqueuse de l’opinion anglaise favorable à la guerre contre la France.
Dès le début de son règne, Henry V tente d’obtenir le titre de roi de France qu’il revendique toujours, ou au moins une part du royaume de France et en particulier la riche Normandie. Pour ce faire, il utilise d’abord la voie diplomatique exigeant la main de Catherine, troisième fille de Charles VI , roi de France.
Commence alors une longue période de négociations, tantôt rompues, tantôt reconduites. Pendant que ses conseillers négocient son mariage avec la jeune Catherine-elle n’a alors que treize ans- Henry V s’efforce de mettre en place des milices dans tout le royaume d’Angleterre , de rénover le chantier naval de Southampton, de louer une importante quantité de navires et de rassembler des hommes d’armes dans les ports de Douvres, Sandwich, Romney, Hastings et Hyte. Ces préparatifs guerriers ne manquent pas d’inquiéter les Français et lors d’une sixième entrevue les conseillers du roi de France offrent Catherine avec une dot de 850 000 écus d’or (soit 3357 kilogrammes d’or), proposent la restitution du Limousin et des seigneuries situées au sud de la Charente et surtout ils exigent la démobilisation des hommes d’armes qu’Henry V a fait rassembler dans les ports.
Ces propositions ne plurent pas à Henry V qui réclamait en plus de Catherine, les duchés d’Aquitaine, de Normandie, d’Anjou et de Touraine ainsi que les comtés de Poitou, du Maine et de Ponthieu, autrement dit les territoires ayant appartenu aux rois d’Angleterre à l’apogée de leur puissance. Ces revendications irréalistes furent évidemment refusées par l’ambassade française et les négociations cessèrent lors d’une violente altercation entre le chancelier d’Henry V et l’archevêque de Bourges. Henry V était parvenu à son but : la rupture des négociations diplomatiques. Le 10 aout 1415, il envoie à Charles VI une dernière lettre où il fait mine de vouloir éviter ce conflit qu’il désire tant :
« A noble prince Charles, notre cousin et adversaire de France, Henri, par la grâce de Dieu roi de France et d’Angleterre. A bailler à chacun se qui est sien est œuvre de sage conseil. Ami, rend ce que tu dois, afin que le sang humain ne soit répandu. Est due la restitution des droits cruellement soustraits que tant de fois nos ambassadeurs ont demandés ».
La parole est désormais aux armes. Henry décide de porter la guerre sur le continent. Trois jours plus tard, le mardi 13 aout 1415, le roi d’Angleterre débarque à Cap de Caux, au pied de Sainte-Adresse où se situe Le Havre aujourd’hui. Avec une armée estimée, d’après les rôles d’engagement, à environ 11700 combattants dont 2500 hommes d’armes et leur suite, 9000 archers et 200 combattants spécialisés dans l’artillerie à poudre-pour la plupart des mercenaires allemands- il entreprend le siège de Harfleur. Cette ville fortifiée, située sur la rive droite de la Seine, avait une importance considérable. S’emparer de Harfleur permettrait à Henry de contrôler l’estuaire de la Seine, et donc le trafic fluvial. De plus, cette position stratégique permettait de surveiller Paris, déjà cœur du Royaume.

Le siège de Harfleur

Très vite le roi d’Angleterre décide de faire un blocus complet de la ville. Sur la rive droite de la Lézarde, rivière qui traverse Harfleur, il dispose ses propres troupes, sur la rive gauche, il dispose les troupes du duc de Clarence. La flotte anglaise assure quant à elle le blocus maritime .Après avoir fait raser toutes les maisons et bâtiments qui se trouvaient autour de la muraille, Henry disposa son artillerie à poudre et la mis immédiatement en action. Cette action fut quasiment ininterrompue pendant toute la durée du siège. La ville, défendue par le sire de Gaucourt et le sire d’Estouteville résistait cependant aux assauts anglais. Pourtant, démunis de tout, à cours de vivres et ne voyant aucun secours venir, les assiégés demandèrent à parlementer. Henry leur envoya le Duc de Clarence et il fut convenu que si aucun renfort n’avait été envoyé avant le 18 septembre 1415, la ville de Harfleur serait remise au roi d’Angleterre. Après un mois de combats farouches, Harfleur tombe finalement entre les mains des anglais le 18 septembre 1415 sans qu’aucune action ne soit tentée par les français pour lui venir en aide. Pourtant l’envoi de renforts aurait pu renverser le cours des évènements. Ces renforts français auraient en effet forcé Henry à diviser ses troupes pour faire face sur deux fronts.
Les gentilshommes défendant la place restèrent libres jusqu’au 11 novembre date à laquelle ils devaient aller se constituer prisonnier à Calais. Les habitants quand à eux furent chassés de la ville, chacun recevant la somme de 5 sous et la permission d’emporter quelques vêtements. Même les prêtres et les clercs furent chassés de la ville.
Henry était vainqueur certes, mais son armée avait été durement éprouvée. Les comptes de l’après campagne de France nous permettent de chiffrer avec précision les pertes subies par l’armée anglaise lors du siège de Harfleur. Du 15 août au 18 septembre 1415 Henry V perdit environ 130 combattants dont Michael de la Pole, comte de Suffolk. A ces hommes morts au combat, il faut ajouter environ 1330 combattants qui, invalides car accablés par la dysenterie, durent ré-embarquer pour l’Angleterre -avec un butin incalculable- soit un total de 1460 hommes. Vainqueur du siège de Harfleur, Henry se devait maintenant de tenir la ville. Pour ce faire, 1198 combattants-dont 898 archers- seront laissés en garnison afin de tenir ce « Calais normand ».
Au total le siège de Harfleur et la mise en place de sa nouvelle défense auront coûté au roi d’Angleterre 2658 hommes soit environ un quart de ses effectifs. Avec une armée d’un peu plus de 9000 combattants, Henry ne pouvait plus espérer envahir la France. De plus, les français commençaient à se ressaisir. Le royaume tout entier, oubliant la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons , s’armait pour chasser l’Anglais. Henry, désireux de mettre son armée à l’abri avant que celle ci ne succombe totalement à la dysenterie, dut se résoudre à regagner Calais.

La marche vers Calais

Le 7 octobre 1415 Henry et son armée quittent Harfleur. Le roi avait pour intention de se rendre directement de Harfleur à Calais en longeant la côte soit une marche d’environ 230 kilomètres, en terrain ennemi et dans des conditions météorologiques déplorables. Le roi d’Angleterre a sûrement sous estimé la durée de cette marche. En effet, les chroniqueurs anglais, notamment la Gesta Henrici Quinti(1417), nous signalent que les combattants de l’armée anglaise avaient reçu ordre du roi de se munir de 8 jours de vivres. Henry espérait ainsi parcourir environ 29 kilomètres par jour, une cadence quasiment insoutenable, notamment pour les combattants à pied. Cette marche, qui ne devait durer que 8 jours, dura en réalité 22 jours, Henry et son armée ne parcourant pas les 230 kilomètres prévus mais environ 390 kilomètres soit 22 kilomètres par jour.
En général, les chroniqueurs s’accordent sur le chemin parcouru par l’armée anglaise pour rejoindre Calais. Seule la chronique de Le Fèvre et trois chroniques bourguignonnes présentent un chemin légèrement différent avec une variation de seulement quelques kilomètres.
Cette marche forcée à travers le royaume de France commence mal pour les anglais. Le 7 octobre 1415, quelques dizaines de minutes après avoir quitté Harfleur et à seulement 4km de la ville, l’avant garde anglaise est attaquée, par des troupes françaises-dont un grand nombre d’arbalétriers- stationnées à Montivilliers et commandées par Louis de Lignières, Pierre Horot et Colart de Villequier. Cette escarmouche causa la mort et la capture de quelques combattant anglais. Toutefois elle n’empêcha pas l’armée anglaise de poursuivre sa route et le 11 octobre 1415, talonnée par l’avant-garde française, l’armée anglaise arrive à Arques à 88 km de Harfleur. Le roi d’Angleterre avait à l’origine prévu de faire escale à Dieppe mais une importante garnison, commandée par le grand maître des arbalétriers, David de Rambures, le force à passer la nuit à Arques ou Henry négocia son passage et des vivres. En échange, le roi d’Angleterre et son armée s’engageaient à ne pas attaquer la ville (qui ne possédait qu’un château et pas de remparts).
Le 12 octobre 1415, une grande partie de l’armée anglaise est déjà à Eu, à 35 kilomètres d’Arques. La chronique anglaise de Titus Livius raconte comment les habitants de la ville d’Eu attaquèrent l’armée anglaise mais furent repoussés par celle-ci. Les sources mentionnent aussi une charge de cavalerie française, elle aussi repoussée . Les anglais y firent d’ailleurs des prisonniers. Toutes ces attaques subies par l’armée anglaise depuis son départ de Harfleur montrent bien la détermination des français, bien décidés à en découdre avec l’envahisseur anglais. Ce harcèlement de l’armée anglaise peut aussi faire penser à un subterfuge français : ces attaques ponctuelles avaient-elle pour but de ralentir l’armée anglaise pendant que le gros des troupes françaises se rassemblait ?
Le dimanche 13 octobre 1415 Henry V arrive à Abbeville avec l’intention de franchir la rivière nommée la Somme. Une fois la Somme franchie, Henry et son armée n’avaient plus qu’à filer droit vers Calais. A sa grande surprise, le roi d’Angleterre vit que tous les ponts bâtis sur la Somme avaient été détruits. La destruction des ponts est due au connétable de France Charles d’Albret qui, par cette manœuvre, ralentissait considérablement la progression de l’armée anglaise. Ainsi, il pouvait rassembler un maximum de troupes de l’autre coté de la Somme et forçait Henry V à longer cette rivière jusqu’au guet de Blanquetaque, passage bien connu des Anglais puisque emprunté par ces derniers depuis le début de la Guerre de Cent Ans. Toutefois, la stratégie française ne visait pas à bloquer l’armée anglaise mais bel et bien à engager un affrontement aux alentours de la Somme. Une concentration anormale d’artillerie et la présence des milices urbaines d’Abbeville, d’Amiens et de Montreuil à Abbeville semblent aller dans ce sens.
Alors que l’armée anglaise faisait route vers Blanquetaque, les chroniqueurs Le Fèvre et Wavrin nous signalent un prisonnier français d’origine gasconne capturé juste après Abbeville. Interrogé par les anglais, ce dernier leur signala la présence de 6000 hommes d’armes bien équipés gardant le gué de Blanquetaque. A l’annonce de cette nouvelle, le roi d’Angleterre décida de ne pas franchir la Somme à Blanquetaque, afin de ne pas avoir à affronter les hommes d’armes français défendant le passage. Henry estimait que son armée était trop fatiguée pour espérer triompher de 6000 hommes frais et biens équipés. Faut-il voir ici un subterfuge des français pour encore retarder le roi d’Angleterre et ainsi réunir plus de troupes ? Les éclaireurs anglais avaient en effet vu des troupes aux alentours du guet de Blanquetaque mais y avait-il un tel nombre d’hommes d’armes ? La décision de ne pas affronter les hommes d’armes français poussa les anglais à s’enfoncer encore plus dans les terres. L’armée anglaise remonta alors le cours de la Somme, espérant trouver un gué ou un pont mal défendu. Après avoir dormi à Bailleul, les anglais essayent, sans succès, de passer la rivière à Pont-Rémi. En effet, la place était défendue par le seigneur de Wancourt et un nombre important de combattants français. Face à ce nouvel échec, l’armée anglaise se dirigea vers Hangest-sur-Somme toujours dans la perspective de traverser la rivière. Le 15 octobre 1415, l’armée anglaise est au sud d’Amiens. Le lendemain 16 octobre elle est à Boves. Tout comme à Arques, Henry V négocie son passage contre des vivres. Il est alors convenu que, en échange de pain et de vin, l’armée anglaise ne brûlerait pas la ville. Les chroniques anglaises, notamment la Gesta Henrici Quinti(1417), nous signalent d’ailleurs de la collaboration exemplaire du capitaine de Boves, Jean de Matringuehem .Le 17 octobre, alors que Henry et son armée font route vers Rosières où ils doivent camper, l’armée anglaise est attaquée aux alentours de Corbie par des troupes françaises sous le commandement de Pierre de Lameth et Gauthier de Caulincourt. Titus Livius nous signale en effet une sortie de grande envergure menée depuis la ville. Toutefois celle-ci fut repoussée par les anglais et deux français furent fait prisonniers. A la suite de cet affrontement, voyant que les attaques des français se faisaient de plus en plus fréquentes, le roi d’Angleterre ordonna que chacun de ses archers emmène avec lui un pieu de bois aiguisé des deux cotés. Ces pieux de bois pointus de six pieds de long, plantés devant les archers, devaient servir à stopper les charges de cavalerie lourde. Cette tactique, nous le verrons, fera ses preuves à Azincourt. Le 18 octobre 1415 l’armée anglaise arrive à Nesles en Vermandois. Là, à son habitude Henry V pratiqua son chantage habituel : des vivres en échange d’un passage sans encombre. A sa grande surprise les habitants refusèrent. Le village fut alors brûlé. Alors qu’il quittait Nesles en Vermandois, des éclaireurs signalèrent au roi d’Angleterre qu’il était possible de traverser la Somme à un gué non-gardé par les français. Ce gué était situé à Voyennes. Les chroniqueurs anglais nous apprennent que ce sont les habitants du lieu qui signalèrent aux anglais la présence de ce gué. Faut-il y voir à nouveau un subterfuge français ? Ces derniers avaient-ils réuni suffisamment de combattants pour affronter les anglais ?
Un plan de bataille français est parvenu jusqu’à nous. Ce dernier fut probablement établit entre le 13 octobre et le 21 octobre 1415 par le maréchal Boucicaut, montrant bien que les français étaient décidés à livrer bataille dans la Somme. Ce plan envisageait deux « batailles » . La première bataille serait commandée par le maréchal Boucicaut lui-même et par le connétable d’Albret. La seconde bataille quant à elle serait commandée par le duc d’Alençon et le comte d’Eu. Cette seconde bataille était flanquée de deux ailes, l’aile droite étant commandée par le comte de Richemont et l’aile gauche par le comte de Vendôme et Guichart Dauphin. Des hommes de trait étaient placés au devant de ces deux batailles. Un contingent de cavalerie lourde commandé par David de Rambures devait attaquer les archers anglais. Enfin une dernière compagnie de 200 hommes d’armes commandée par le seigneur de Bosredon devait attaquer les bagages de l’armée anglaise. Ce plan de bataille témoigne bien de l’organisation française et de la volonté d’en découdre avec l’anglais. Malheureusement, il ne devait jamais être appliquéL’armée anglaise traversa donc la Somme à Voyennes, le 19 octobre 1415. La traversée de la rivière occupa toute la journée. Au même moment, les chefs de l’armée française avec à leur tête Charles d’Albret, connétable de France, se réunissaient à Péronne. Ceux-ci n’apprirent le passage des anglais qu’une fois celui-ci terminé, en fin de journée. La possibilité d’attaquer l’armée anglaise pendant que celle-ci traversait la rivière, attaque qui aurait donné un avantage certain aux français, s’évanouissait.
Le dimanche 20 octobre 1415, l’armée anglaise stoppe sa progression près des bois d’Athies. Celle-ci, épuisée, se repose après son fatiguant passage de la Somme. Henry V décide alors d’envoyer des éclaireurs vers le nord afin que ces derniers repèrent les positions françaises. D’après la Gesta Henrici Quinti(1417), c’est ce dimanche 20 octobre 1415 que le roi d’Angleterre reçu la visite de trois hérauts d’armes français . Ces derniers vinrent annoncer à Henry V que, la bataille leur serait livrée avant que lui et son armée ne rejoignent Calais, ne précisant toutefois ni le lieu ni l’endroit.
Le lendemain Henry et son armée reprennent leur route vers Calais. Sous une pluie battante, l’armée anglaise accélère le pas. En fin de journée, elle arrive à Péronne ou elle établi son campement pour la nuit. Le mercredi 23 octobre 1415, c’est à Bonnières que l’armée anglaise campe. Les combattants anglais sont épuisés par la cadence de la marche mais aussi, comme nous le précise Monstrelet : « Moult lassez et travaillez de fain, de froid et autres mésaises ». Le jeudi 24 octobre 1415 Henri V et son armée quittèrent Bonnières de bon matin pour rejoindre Blangy. Craignant une rencontre impromptue avec l’armée française, Henry envoya ses éclaireurs. Après avoir escaladé une colline, ces derniers découvrirent sur leur droite les français « assemblez à merveilles grant puissance » . Ces derniers s’étaient divisés en trois batailles disposées en colonnes de 10 rangées de profondeur. L’ost français venait de couper la route à l’armée anglaise. Henry V était tombé dans un piège et allait devoir livrer bataille. Toutefois, vu l’heure tardive, la bataille ne fut pas livrée. En effet, voyant les français en ordre de bataille, Henry V ne bougea pas et attendit que le jour tombe. Ce dernier ne voulait pas livrer bataille avec une armée épuisée venant d’effectuer une longue marche. Chacun chercha donc un endroit ou passer la nuit. D’après Monstrelet, les français « se logèrent tous à pleins champs chascun au plus près de sa bannière, sinon aucunes gens de petit estat qui se logèrent ès villages qui estoient le plus près de là ».Ainsi on peut affirmer que les français campèrent a proximité des villages d’Azincourt et de Ruisseauville, sur le champ de bataille. Des valets furent envoyés dans les villages avoisinants pour chercher de la paille et du foin pour le couchage mais aussi pour consolider le sol qui avait été rendu impraticable à cause du piétinement des chevaux14. Les bannières furent roulées, les armures rangées et chacun s’apprêta à passer la nuit sous la pluie, car, comme l’indique la Chronique de Ruisseauville15 : « Toute la nuit ne fist que pluvoir »
Les anglais quant à eux se logèrent à quelques centaines de mètres de là, à Maisoncelles. Henry V et sa suite s’abritèrent dans les quelques maisons que comptait le hameau de Maisoncelles qui bénéficiait d’une position stratégique avantageuse puisque situé sur un léger relief dominant la plaine d’Azincourt. Le reste de l’armée se logea dans des granges mais la plupart des soldats anglais, faute d’abri, s’allongèrent à même le sol, dans la boue. Toutes les chroniques, qu’elles soient françaises où anglaises, s’accordent à dire que le plus grand calme régnait sur le campement anglais. En effet, le roi d’Angleterre avait ordonné que règne le silence, craignant une attaque surprise des français. Henry avait d’ailleurs prévu des sanctions contre ceux qui outrepassaient ses ordres. Les gentilshommes qui désobéiraient auraient leur cheval et leur armure confisqués ; les simples soldats quant à eux, auraient l’oreille tranchée. Les anglais étaient si discrets que les français crurent un instant qu’ils s’étaient enfuis. Pour s’assurer que l’ennemi était encore là, les français envoyèrent des éclaireurs. Parmi eux se trouvait le duc d’Orléans qui, d’après les chroniqueurs, s’approcha très près des lignes anglaises. Cet acte courageux lui valut d’ailleurs l’honneur d’être adoubé chevalier le soir même. Les seuls chuchotements que l’on pouvait entendre dans le camp anglais ce soir là étaient les murmures des confessions. En effet, persuadés de leur défaite, bon nombre de combattants anglais s’étaient préparés à la mort en se confessant16.
Du coté français par contre, les chroniqueurs nous signalent une certaine animation. En effet, la Gesta Henrici Quinti signale que du coté anglais on pouvait entendre des hommes parler entre eux ou appeler leurs serviteurs. Le Fèvre quant à lui nous précise que les français « démenoient moult grand bruit pages et varlets »et ce jusqu’à l’aube.

La bataille d’Azincourt

Le vendredi 25 octobre 1415, jour des saints Crépin et Crépinien, les deux armées se levèrent à l’aube. Henry se rendit à l’humble chapelle de Maisoncelles où il écouta trois messes17. Après cela, lui et son armée se dirigèrent vers le champ de bataille où les français les attendaient, il était entre 6 et 7 heures du matin.

Les forces en présence

Une fois sur le champ de bataille, en bon chef de guerre, Henry V se mit à la tête
du corps de bataille principal, constitué d’une ligne ininterrompue18 de combattants disposés sur quatre rangs de profondeur. L’aile droite du corps de bataille principal était commandée par le duc d’York, l’aile gauche par le sire de Camoys. Ce corps de bataille était entrecoupé de contingents d’archers commandés par le duc d’Erpyngham. De forme triangulaire, ces contingents permettaient de décocher des flèches dans toutes les directions. Toutefois, une grande majorité des archers était placée sur les flancs, leurs tirs croisés ne devant laisser aucune chance à l’attaque de l’avant-garde française. Un groupe de 200 archers fut aussi positionné dans le bois de Tramecourt afin de prévenir une manœuvre d’encerclement des français. Enfin, les flancs de l’armée anglaise composés, comme nous venons de le voir, d’archers, étaient protégés par des rangées de pieux pointus plantés dans le sol. Ces pieux, nous le verrons, étaient destinés à rompre la charge de cavalerie lourde française.
Cette force représentait en tout plus de 9000 combattants dont environ 7632 archers et 1643 hommes d’armes19. Ces chiffres sont corroborés par la chronique de Ruisseauville qui évaluait les forces anglaises 9000 à combattants « au plus haut qu’on les pôoit estimer ».
Ayant disposé son armée, Henry V attendit l’attaque en surveillant les mouvements des français.

Entre Tramecourt et Azincourt, à un kilomètre de là, l’armée française avait pris position. Désireux de combattre cet ennemi qui leur avait échappé à plusieurs reprises depuis Harfleur, « en l’avant-garde voulurent estre tous les seigneurs20 ».Une telle concentration de grands seigneurs fit que de nombreuses bannières furent repliées car celle-ci obstruaient la vue du corps de bataille principal !
L’armée française était organisée en trois « batailles ». Naturellement, la fine fleur de la chevalerie française voulut être dans l’avant-garde composée de 3000 combattants. Celle-ci était commandée par le maréchal Boucicaut et par le connétable Charles d’Albret, les ducs d’Orléans et de Bourbon, les comtes d’Eu et de Richemont, David de Rambures, grand maitre des arbalétriers, le seigneur de Dampierre, amiral de France, Guichard Dauphin et « autres officiers du Rou21». On notera l’absence du plus puissant seigneur de France, le Duc de Bourgogne Jehan sans peur. Ce dernier désirait pourtant participer à la bataille. Pour ce faire il avait d’ailleurs mobilisé des troupes. De plus le Dauphin22 avait demandé au Ducs de Bourgogne et d’Orléans l’envoi de 500 hommes d’armes et leur suite ainsi que 300 archers23. Toutefois, il était précisé que la présence de ces deux grands seigneurs n’était pas souhaitée. En effet, imaginons la cohésion d’une armée ou se côtoyaient l’assassin de Louis d’Orléans et le fils de ce dernier ? Vexé, Jehan sans peur n’envoya pas le contingent demandé et interdit à ses vassaux de rejoindre l’ost royal, interdiction qu’ils ne respectèrent pas puisque nombre des chevaliers français tués à Azincourt étaient des sujets du Duc de Bourgogne. La France se privait de son meilleur chef.
A 150 mètres en arrière24 se trouvait la bataille principale. Forte de 4000 hommes, celle-ci était commandée par les comtes d’Aumale, de Dammartin et de Fauquembergues.
Les deux premières batailles étaient constituées d’hommes d’armes en armure ayant mis pied à terre.
L’arrière garde quant à elle était composée des combattants de petite noblesse et des combattants de basse naissance-soldats et hommes de trait- soit en tout 4100 combattants. Ces derniers s’étaient vu refuser le droit de combattre avec les gentilshommes qui voulaient réserver la gloire de la victoire à eux seuls25. Les chroniqueurs nous mentionnent d’ailleurs que cette attitude a poussé les chevaliers français à renvoyer 4000 gens de trait, des mercenaires génois, sous prétexte qu’ils étaient assez nombreux pour se passer de leurs services.
Enfin, ces trois batailles étaient flanquées sur les cotés de contingents de cavalerie lourde, environ 2400 cavaliers. Cette cavalerie avait pour mission de briser les rangs des archers et ainsi de faciliter l’attaque des trois batailles constituées, rappelons le, d’hommes d’armes en armure à pied.
Il est difficile de chiffrer avec précision les forces françaises présentes à Azincourt. En effet, depuis 591 ans chroniqueurs et historiens font varier le rapport de force entre français et anglais de 1 contre 2 à 1 contre 12, portant le nombre des français jusqu'à 270 000 hommes ! Une chose est sure : les français étaient plus nombreux. Le Dr. Anne Curry nous avance des chiffres beaucoup plus réalistes portant le nombre des combattants français à 13500 combattants. En effet, le royaume de France ne peut aligner plus de combattants, une autre partie de l’ost royal étant à Rouen, détaché à la garde du roi.

Le combat

Avant la bataille, les deux partis entamèrent une négociation qui comme le dit la chronique de Ruisseauville « pau dura ». Cette chronique nous précise aussi la nature des négociations : « les engles si disoient et offroient que il voloient rendre Harfleur et toutes les forteresses dechà Calais et cent milles couronnez, mais que ils s’en peuvent raler sauvement à Calais ». Mais, toujours selon la chronique de Ruisseauville, « Li connetables ne le voult nient accorder ».
Les revendications des français étaient simples. Ces derniers voulaient simplement que le roi d’’Angleterre renonce « au tiltre que il pretendoit avoir à la couronne de France26 ». Mais, toujours selon Le Fèvre, « lesquelles offres et demandes, tant d’un costé comme d’autres, ne furent point acceptées et retournèrent chacun en sa bataille ». Les deux armées s’apprêtaient donc à combattre dans la plaine d’Azincourt qu’une nuit de piétinements avait transformée en champ de boue.
Le face à face des deux armées durant pendant quatre longues heures. « A l’heure de X heures » selon la chronique de Ruisseauville, le roi d’Angleterre prit l’initiative. Ce dernier, avec une armée fatiguée et malade, ne pouvait se permettre de remettre le combat au lendemain, faute de vivres. Alors, toute l’armée anglaise mit genoux en terre et embrassa le sol. Les combattant se relevèrent et, tout en marchant, « commenchièrent à braire à cryer et à huer par trois fois27 ». Ces derniers parcoururent 600 mètres pour se rapprocher des français afin que ceux-ci soient à portée de flèche28. Soudain, ils stoppèrent leur progression et décochèrent une volée de traits. Répondantà cette provocation, sans même attendre les ordres des commandants la cavalerie lourde s’élança. Cette cavalerie lourde était répartie sur deux ailes de 1200 cavaliers chacun. Toutefois, par manque d’organisation, seulement 900 cavaliers se trouvaient à leur poste au moment de charger. Ces derniers se heurtèrent tout d’abord à l’impraticabilité du terrain, qui était fraichement labouré et surtout détrempé par les pluies récentes. La plupart des cavaliers n’atteignirent même pas les lignes anglaises car eux et leurs montures furent criblés de flèches. Les montures des combattants arrivés au contact avec les anglais s’empalèrent dans les rangées de pieux pointus plantés dans le sol. Affolés, les chevaux blessés firent demi-tour et se jetèrent dans les premières lignes françaises qui suivaient la charge des cavaliers. Et, « fut l’avant-garde toute fendue en plusieurs lieus29 ». Les archers anglais, qui peuvent décocher 10 flèches par minute, décochèrent tant de flèches que le ciel fut rempli de leurs traits. Alors comme le raconte Le Fèvre, « commencèrent à cheoir hommes d’armes sans nombre ». Relégués à la troisième ligne, les hommes de trait ne pouvaient répondre aux flèches anglaises, sous peine de blesser les combattants de l’avant-garde. Les français utilisèrent des « canons et serpentines30 » avec lesquels ils ne tuèrent qu’un archer nommé Roger Hunt.
Sous une pluie de flèche, l’avant garde française, dont les premiers rangs étaient armés de lances raccourcies pour les rendre plus raides, fit tout d’abord reculer l’armée anglaise. Mais, se ressaisissant, les archers anglais stoppèrent la progression des français. En effet, en visant la visière du bacinet et le camail, ils forçaient les français à baisser la tête. De plus, l’armée anglaise s’était positionnée entre les bois d’Azincourt et de Tramecourt, autrement dit au fond d’un entonnoir dans lequel se sont précipités les français. Au contact, ces derniers étaient tellement serrés qu’ils ne pouvaient lever leur arme pour élargir la brèche. Devant l’échec de l’attaque française, les archers anglais posèrent leurs arcs et, comme le dit Monstrelet, « prindrent leurs épées, haches, mailletz et becs de faulcons et autres bastons de guerre » et se jetèrent dans la mêlée. Ce fut un carnage. Juvénal des Ursins dans « histoire du roi Charles VI » nous dit des français que « semblait que se fussent des enclumes sur quoy ils (les anglais)frapassent ». En une demi-heure l’avant-garde française fut taillée en pièces. Pris de panique, les survivants de la première ligne refluèrent à l’arrière mais ces derniers se heurtèrent aux combattants de la seconde ligne qui montaient à l’assaut. Le choc des deux premières lignes françaises créa une pagaille indescriptible. Les corps des hommes et des chevaux à terre empêchaient toute progression, rompant net l’assaut. Voyant que la bataille était presque gagnée les combattants anglais commencèrent à faire des prisonniers. Face à ce massacre et à cette confusion, la Chronique de Ruisseauville nous signale que « grant nombre de chevaliers et gentilshommes et gros varlets et pages qui s’enfuirent ».
A ce moment le duc de Brabant, frère du duc de Bourgogne, arrivait sur le champ de bataille avec onze de ses chevaliers. Désireux de participer à la bataille, il n’attendit pas que son armure arrive par convoi, endossa celle de son chambellan et se jeta dans la mêlée. Au même moment, alors que la bataille semblait achevée, les anglais entendirent des cris à l’arrière de leurs lignes. Ces cris étaient les cris de 600 paysans commandés par Ysembart d’Azincourt, Rifflart de Palmasse et Robinet de Bournonville. Ceux-ci attaquèrent le bagage du roi et le pillèrent. Parmi les objets volés on distingue l’épée royale -que les chefs de l’expédition offrirent plus tard au comte de Charolais, futur Philippe le Bon-, une partie du trésor royal, les sceaux royaux et une couronne. Croyant être pris à revers, Henry V, voyant le nombre incroyable de captifs et craignant que ces derniers ne reprissent le combat, donna l’ordre terrible d’égorger les prisonniers « sinon les seigneurs31 ». Aucun archer de l’armée anglaise « ne vouloit tuer son prisonnier32 ». Pensant à l’énorme rançon que représentaient ces grands seigneurs, les archers anglais, à l’annonce de cet ordre barbare, protestèrent. Face à cette levée de boucliers, Henry V menaça de pendre tout homme qui lui désobéirait et chargea un écuyer à la tête de 200 archers d’exécuter les captifs. Alors, chaque homme tua de sang froid son prisonnier. Certains furent égorgés. D’autres eurent le crâne défoncé à coups de masse d’armes ou à coup de hache si bien que Monstrelet nous précise que les prisonniers furent « décoppez testes et visages ». D’autres encore furent enfermés dans des granges auxquelles les anglais mirent le feu. Ce fait nous est mentionné par Gilbert de Lannoy, chevalier flamand, qui échappa de peu aux flammes. Au nombre des égorgés figure, entre autres, le duc de Brabant, la simplicité de son armure n’ayant pas permis de reconnaitre en lui un membre de la maison de Bourgogne.
Ayant maintenant le champ libre, Henry V était de nouveau prêt à affronter les français. Voyant cela, les combattants de la troisième ligne, qui n’étaient pas montés à l’assaut faute de chef, « retournèrent fuyans33 ». Les 600 paysans, menés par Ysembart d’Azincourt, Rifflart de Palmasse et Robinet de Bournonville s’enfuirent eux aussi. Il était maintenant 17 heures. La bataille d’Azincourt était terminée. La désorganisation des français, le manque de commandement efficace venait de causer la plus terrible défaite de la guerre de Cent Ans. Malgré la défaite, les français firent preuve d’un grand courage. Comme pendant toute bataille médiévale, quelques faits d’armes remarquables furent mentionnés par les chroniqueurs. Ces derniers montrent bien la détermination des français à combattre celui qu’ils considéraient comme l’ennemi héréditaire.

Les faits d’armes

La présence de nombreux chroniqueurs permet de mentionner quelques faits d’armes importants. Parmi ceux-ci, il convient de mentionner les exploits du Duc d’Alençon : « le duc d’Alenchon, véans la perdicion de la journée trespercha vaillamment, a l’ayde de ses gens, grant partie de la bataille, jusques assés près du roy d’Engleterre, et tant qu’il abaty et navra le Duc d’Yorc. Adont, le roy d’Engleterre, véans che, aprocha pour le relever et se enclina ung petit, et lors le Duc d’Alenchon le fery de sa hache sur son bachinet et lui abaty une partie de sa courone, et, en che faisant, fu ycelluy duc très fort couronné des gardes du corps du roy. Et quand il aperçut qu’il ne pooit eschapper, il dist au roy en relevant sa main-« je me rend à vous ». Mais ainsy que yceluy roy volloit prendre sa foy il fut occi34 ». Les exploits du Duc d’Alençon ont donné naissance à une abondante littérature. Ce dernier, comme nous venons de le voir a fait preuve d’un grand courage. Ce courage l’a poussé à se jeter dans la mêlée alors que sa place était dans l’avant-garde qu’il était supposé commander. Cette affirmation est renforcée par ce passage de la chronique de Saint-Denis : « par un désir insensé de combattre, il avait quitté le corps d’armée qu’il était chargé, dit-on, de conduire, et s’était jeté témérairement au milieu de la mêlée ».
Un second fait d’arme nous est bien connu lui aussi. Celui-ci avait encore pour cible le roi d’Angleterre. Les chroniques nous signalent une promesse faite par 18 nobles français. Ces derniers s’étaient jurés de s’approcher suffisamment près du roi d’Angleterre pour lui décrocher sa couronne ou de mourir. Ces nobles furent tués jusqu’au dernier mais parvinrent tout de même à couper « un flouron de sa couronne35 ». Enfin, il convient ici de mentionner le courage du Duc de Brabant qui, empruntant une armure qui n’était pas la sienne, se jeta dans la mêlée

Après la bataille

« Partout les nobles dames et demoiselles changeaient leurs vêtements tissées d’or et de soie en habits de deuil ». Chroniques de Saint-Denis.

Dans la boue d’Azincourt avait péri la fine fleur de la chevalerie française : 6500 combattants français gisent sur le terrain ainsi qu’environ 2000 chevaux. Le nombre exact des anglais morts au combat est inconnu. On estime à moins de 1000 les pertes anglaises. Parmi les personnages illustres on notera la mort du duc d’York et le comte de Suffolk, fils de Michael de la Pole dont les corps furent bouillis et les os emmenés en Angleterre.
A peine la bataille terminée, les combattants anglais se livrèrent au pillage. Ils « s’embesonoient à retourner tous les morts36 ». Ceux qui furent retrouvés vivants furent faits prisonniers. Les combattants dont les blessures n’étaient pas graves étaient soignés, les autres étaient achevés. Le nombre exact de prisonniers est inconnu. Le Fèvre parle de 1600 prisonniers, la Chronique de Ruisseauville de 2200 captifs.
Triste spectacle que celui du champ de bataille d’Azincourt au soir du 25 octobre 1415. Les cadavres des français tués furent alors dépouillés de leurs armures, armes, bijoux. Le butin pris par les anglais ce jour là était tel que le roi d’Angleterre interdit à chaque archer de ne pas se surcharger de butin. Une fois les cadavres pillés, les anglais « Decopèrent tous les morts et les vivants en leurs visaiges afin qu’on ne les reconnut point37 ». Gérard Bacquet, dans son excellent ouvrage « Azincourt », nous mentionne à ce sujet que « sur 500 Bretons trouvés morts, seuls 18 purent être reconnus car touz les aultres estoient si découpés que on n’en congroissoit nul ».
Le lendemain, samedi 26 octobre 1415 les anglais firent brûler dans une grange ou une maison le surplus de butin ainsi que les corps de leurs combattants tués à la bataille. Les cadavres des français restèrent sur le champ de bataille. Ceux-ci furent pillés une seconde fois par les paysans alentours si bien que les morts restèrent nus « comme ils etoient sortis du ventre de leur mère38 ».
Les cadavres des français furent enterrés trois jours après la bataille. Les grands princes furent inhumés dans les églises avoisinantes. Les corps des gentilshommes de Picardie, d’Artois et de Flandre qui réussirent à être identifiés furent rapatriés dans leurs familles. Enfin, les corps non-identifiés furent enterrés dans 5 fosses communes ayant accueillies 1200 hommes chacune : « avint adont que Loys de Luxembourg evêque de Terouenne fit benir la plache et le lieu ou les batailles avaient été, accompagnies de l’abbet de Blangies et fist la faire cinq sepultures en en chascune sepulture fit enfouir 1200 hommes ou plus a ses couts et frais39 ». Sur ces cinq fosses communes furent plantés des buissons d’épine afin que les chiens et autres animaux sauvages ne viennent déterrer les corps. Enfin, des croix de bois furent construites à l’emplacement des sépultures. Ces croix de bois furent plus tard remplacées par une chapelle détruite à la Révolution.



A Azincourt fut fauchée la fine fleur de la chevalerie française. L’armée française, où régnait l’insubordination, n’avait pas pris au sérieux l’ennemi anglais affaibli par le siège de Harfleur et par une marche de 22 jours. C’était sans compter sur le professionnalisme et l’expérience des anglais.
A cette insubordination française il faut ajouter un plan de bataille inadapté, la mauvaise configuration du terrain et surtout l’absence de chef. Tous ses facteurs ont fait de la bataille d’Azincourt la bataille la plus sanglante de la Guerre de Cent Ans. La France perdit son élite. Le roi perdit ses proches et ses conseillers, 1400 chevaliers tués a Azincourt étaient d’importants politiciens Des familles entières furent décimées, comme par exemple la famille d’Auxy qui perdit huit de ses membres.
Contre toute attente Henry V triompha de l’ost royal. Rendant grâce à Dieu pour cette victoire inattendue, c’est au son du « Non nobis Domine » que celui-ci regagnait Calais persuadé que Dieu lui avait donné la victoire pour punir les français de leurs pêchés. En fauchant l’élite du royaume, Henry V affaiblissait le royaume de France comme jamais il n’avait été affaibli depuis le début de la guerre de 100 ans. A long terme, le désastre d’Azincourt eut pour conséquence la signature du traité de Troyes (1420) qui, à la mort de Charles VI donnait le royaume à Henry V. Toutefois Henry V devait mourir avant Charles VI. La mort prématurée du roi d’Angleterre devait entrainer l’annulation du traité, annulation qui devenait un nouveau prétexte pour relancer cette guerre de cent ans qui, décidément, ne trouvait pas de fin.

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Christophe

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MessageSujet: Re: Azincourt, chronique d'un désastre   Ven 19 Aoû - 12:39

désolé c'est un peu long et en plus y'a pas d'images!! lol!
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Azincourt, chronique d'un désastre
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